Ma pratique artistique s’inscrit dans une volonté de rendre perceptibles des subjectivités maintenues à la lisière du visible, des existences dont la présence est à la fois attestée et continuellement minorée par les régimes dominants de représentation. À travers le portrait — envisagé comme un dispositif critique plutôt que comme une simple transcription — je resserre progressivement le cadrage jusqu’à produire des formes de proximité presque intrusives. Peinture et sculpture deviennent ainsi des espaces de tension où s’élabore une image instable, en suspens. Je cherche à faire émerger une zone intermédiaire, un seuil où se rejouent les dynamiques de visibilité et d’effacement, de mémoire et d’oubli. Le portrait agit dès lors comme une forme de duplication altérée : une figure-jumeau. En tant que jumelle, cette question du double traverse profondément mon travail ; elle engage une réflexion sur la répétition, la variation et la disjonction, comme si chaque œuvre tentait de produire une présence autre, à la fois familière et irréductiblement étrangère.